Asymétrie cognitive au degré de rationalité ?

La question étudiée est celle de la possibilité d’une anthropologie comme science examinée à l’aune du relativisme culturel. S’il est vrai que les sujets appartenant à des cultures différentes vivent dans des mondes différents alors la connaissance de ces mondes n’est possible que par changement de monde.

Participants

- Laboratoire ACTé

Marie-Joseph Biache

Présentation

Dans son texte Les croyances apparemment irrationnelles, Dan Sperber analyse de manière critique le postulat de Sapir et Whorf, à savoir que les mondes dans lesquels vivent les personnes de culture différente sont de mondes de nature différente. La question est alors celle de la possibilité d’une anthropologie comme science examinée à l’aune du relativisme culturel. S’il est vrai que les sujets appartenant à des cultures différentes vivent dans des mondes différents alors la connaissance de ces mondes n’est possible que par changement de monde. Que par ailleurs, ces mondes différents traduisent des niveaux de rationalité différents et susceptibles d’être hiérarchisés. Dans ce cas, la position du chercheur ethnologue par rapport au sujet de son étude (et interlocution) ne peut être que dominante dans l’ordre de la rationalité, les conduites et discours du sujet de son observation et son interlocution relevant d’un sens commun, inscrit dans une forme idiosyncrasique, adhérant à des contenus de croyance d’emblée irrationnelles puisque ces contenus mêmes seraient des représentations irrationnelles du monde. L’analyse de Sperber fait pièce de cette conception et suggère que les contenus de croyance puissent être négligés au profit de « croire » comme mode cognitif généralisé, à côté du « penser » marqué par la rationalité de la science. Dans toute croyance existerait un fond rationnel- de type universel – que le contenu représentationnel de la croyance ne manifesterait pas. Les travaux que je mène auprès des habitants du village de Lapara fournissent des résultats totalement congruents avec l’analyse de Sperber. Ainsi en est-il de l’épisode de « l’esprit dans le canari » dont l’analyse dévoile un haut degré de rationalité dans les stratégies de maintien de la cohérence de représentation du monde et dans celui de la cohésion sociale. Si le canari recueille l’esprit malfaisant que le sorcier y a placé, délivrant de la sorte la personne de cet esprit et des désordres qu’il provoque en elle, c’est une réalité représentationnelle pour la communauté. Celle-ci repose sur une rationalité qui ne se place pas dans le contenu de la représentation mais sur le maintien de celle-ci comme véhicule des rapports sociaux faisant monde. Le chercheur doit dans ce cas se départir de sa position de surplomb rationnel et ne pas juger le contenu de la croyance manifestée, traduisant de la sorte une autre croyance (celle du refus de certaines représentations du monde), mais concevoir que la croyance en question a une fonction pratique et cognitive : celle du maintien d’une cohérence communautaire véhiculant une rationalité de sens commun portée sur la psychologie humaine.

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