Laurin-Landry Daphné

Le développement des schèmes d’observation des skieurs de bosses au cours de leur progression sportive

Daphné Laurin-Landry

Thèse en co-tutelle : inscription principale à l’UQAM sous la direction de Maryvonne Merri et à l’UBP sous la direction de Michel Récopé
Résumé

Dans cette thèse, je m’intéresse aux pratiques délibérées, c’est-à-dire aux activités individuelles, volontaires et structurées visant des habiletés particulières qui vont améliorer la performance. Plus précisément, je m’intéresse surtout aux pratiques d’observation de soi ou des autres, menées de façon autonome par l’athlète (hors de la présence de l’entraîneur), en temps réel (en bas de la piste par exemple) ou différé (visionnement d’une vidéo). Cette recherche concerne tout particulièrement des athlètes « élites » (de niveau international) et « prometteurs » (de niveau national) pratiquant le ski acrobatique, discipline bosses, sport dans lequel le Canada a gagné neuf fois la Coupe des Nations sur 11 ans.

La thèse poursuit quatre objectifs :

1. Faire le point sur les différents types de pratiques délibérées, plus particulièrement sur le visionnement de vidéo que mettent en œuvre les skieurs de bosses et sur le bon usage de celles-ci pour le développement de leur compétence sportive. J’identifie donc les caractéristiques (où, quand, quoi, comment, pourquoi ?) des pratiques des skieurs élites et prometteurs ;
Ce premier objectif de recherche se base sur les écrits d’Ericsson, qui étudie depuis plusieurs années la pratique délibérée (deliberate practice) (Ericsson, Krampe & Tesch-Römer, 1993), soit une activité volontaire, individuelle et structurée visant des habiletés particulières qui vont améliorer la performance. Ils ont trouvé que les athlètes experts ont eu recours à ces pratiques régulièrement au cours de leur carrière.

2. Caractériser la transformation des instruments (ex. une vidéo) utilisés ou mis en place par l’athlète au cours de sa carrière sportive et lors de ses pratiques délibérées ;
Ce deuxième objectif s’appuie sur les écrits de Rabardel à propos des instruments et sur la théorie des schèmes de Piaget et Vergnaud. Plus précisément, un sujet est amené, au cours du temps et selon les circonstances, à transformer l’une ou l’autre des composantes de l’instrument. Rabardel (1995) désigne par instrumentalisation une modification de la composante artefactuelle. Il désigne par instrumentation une modification de la composante schématique. _ Également, l’athlète met en œuvre des schèmes pour réaliser sa performance motrice et des schèmes de visionnement et d’observation pendant ses pratiques délibérées. Il est difficile d’appréhender les schèmes mis en jeu, par exemple dans ces contextes sportifs, car les schèmes ne sont « ni perceptibles (on perçoit une action particulière, mais non pas son schème) ni directement introspectibles et l’on ne prend conscience de ses implications qu’en répétant l’action et en comparant ses résultats successifs » (Piaget, 1961, p. 251). En d’autres mots, les systèmes cohérents de conduites sont repérables par une régularité en situation et ces actes en situation démontrent l’état des conceptualisations opérées par le sujet (Vergnaud et al. 1978). Les schèmes sont donc « les éléments cognitifs qui permettent à l’action du sujet d’être opératoire » (Rabardel, 1995, p. 109-110).

3. Établir par comparaison ce qui « fait la différence » (La différence entre deux athlètes sera questionnée en termes de « schèmes critiques ») entre les meilleurs athlètes de niveau mondial et ceux qui sont prometteurs ;
Cet objectif se base sur les écrits de Vergnaud (1995). Plus précisément, Vergnaud considère que la performance, sous forme de résultat, par exemple le temps chronométré d’une descente en ski alpin, ne rend pas compte de la compétence du skieur et ne suffit pas à déterminer en quoi un athlète est meilleur qu’un autre. Il est donc important de s’intéresser aux critères (ex. plus vite, plus haut, plus stable, etc.) pour caractériser l’action motrice de l’athlète. Ainsi, l’activité sportive au complet est prise en compte et permet une comparaison plus fine de la compétence/performance entre deux athlètes. Selon Vergnaud (1995), ce qui est important pour discriminer la compétence entre les individus, c’est d’identifier ce qui fait la différence (schème critique) entre, par exemple, si nous prenons le domaine de la coiffure, une très grande coiffeuse, une bonne coiffeuse, une moins bonne coiffeuse et une coiffeuse en apprentissage.

4. Une réflexion sur la méthode de construction de matériaux sera menée afin de rendre compte pour la communauté scientifique et sportive des méthodes d’entretien permettant l’accès aux schèmes moteurs et aux schèmes de visionnement de vidéo ou d’observation des skieurs de bosses.

Une méthodologie qualitative et rétrospective sera utilisée afin de collecter les résultats. En résumé, les résultats obtenus permettront de mettre en évidence les pratiques délibérées des athlètes « élites » et « prometteurs » au cours de leur progression sportive. L’identification des caractéristiques de ces pratiques, des genèses instrumentales et des schèmes critiques permettra d’établir à quel(s) moment(s) du développement physique et cognitif ces pratiques peuvent être introduites chez l’athlète.

Mots-clés
  • Pratique délibérée
  • Schèmes d’observation
  • Schèmes critiques
  • Instruments
  • Ski de bosses
  • Vidéo